Les partis politiques sur la ligne de départ
- David Boudeweel
- 8 hours ago
- 4 min read
La majorité des Québécoises et des Québécois profiteront des vacances de la construction pour les deux prochaines semaines. Un dernier moment de répit avant un automne électoral qui s’annonce haut en couleurs! À quelques semaines du probable déclenchement de la campagne électorale, nous vous présentons aujourd’hui les forces en présence.
CAQ : un gouvernement sortant en danger d’extinction politique
Christine Fréchette a réussi son atterrissage, mais après une première embellie, elle peine à faire bouger les aiguilles. Travaillante et rigoureuse, elle dispose d’un charisme limité, tandis que sa personnalité et son équipe rappellent largement celles de son prédécesseur, en décalage avec la soif de changement des Québécois. La CAQ demeure troisième dans les intentions de vote et l’effet Fréchette espéré tarde à se concrétiser. Le parti aborde donc la campagne dans une posture difficile : près de la moitié de ses députés ne se représenteront pas et la majorité des candidats déclarés sont de jeunes novices ou des employés politiques, envoyés au front dans des circonscriptions où la défaite paraît probable. Cet automne, la CAQ devra lutter non pas pour conserver le pouvoir, mais pour continuer d’exister. Les projections ne lui accordent que neuf sièges, trop peu pour former un groupe parlementaire et profiter des avantages financiers et de visibilité qui l’accompagnent.
Chef : Christine Fréchette
Nombre de candidats officiels : 73
Intentions de vote : 20%
Défi : Déguiser la continuité en changement
PQ : un gouvernement en attente… au talon d’Achille
Le Parti Québécois domine les intentions de vote depuis plusieurs mois et a attiré des candidatures intéressantes, dont Philippe Schnobb, ancien président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal, Guy Lapointe, ex-porte-parole de la Sûreté du Québec, et Gaétan Bédard, ancien commandant du Collège militaire royal de Saint-Jean. Plusieurs investitures sont aussi disputées, signe de la vitalité du parti. Une victoire est-elle pour autant assurée? Rien n’est moins certain. Si les Québécois souhaitent du changement, ils demeurent fortement opposés, à 70 %, à la souveraineté, alors que le PQ en a fait un thème central, notamment avec la publication de son Livre bleu. Son statut de favori attire aussi davantage l’attention sur son chef, dont la popularité recule au fil des sondages, au point de le placer parmi les politiciens québécois les moins appréciés
Chef : Paul Saint-Pierre-Plamondon
Nombre de candidats officiels : 36
Intentions de vote : 29%
Défi : Proposer un programme pour gouverner le Québec tout en jonglant avec la souveraineté
PLQ : un possible gouvernement libéral à ne pas exclure
Charles Milliard a repris les rênes du PLQ après la démission controversée de Pablo Rodriguez, dont la victoire à la chefferie avait été entachée d’accusations d’achat de votes. Jeune, dynamique et charismatique, il incarne l’antithèse de François Legault. Sous sa direction, le parti a adopté un ton plus nationaliste, malgré certaines tensions avec sa base anglophone, et talonne désormais le PQ dans les sondages. La concentration de son vote à Montréal le maintient toutefois au deuxième rang. Le PLQ a recruté plusieurs candidatures de premier plan, dont Julie White, Pierre Cossette et Michel Leblanc, mais certaines sorties, notamment celles de Farnell Morisset sur l’indépendance, ont embarrassé le parti. S’il parvient à limiter les impairs et à faire oublier les scandales de l’ère Charest, le PLQ pourrait créer la surprise cet automne.
Chef : Charles Milliard
Nombre de candidats officiels : 71
Intentions de vote : 25%
Défi : Discipliner ses troupes et présenter un message cohérent de gouvernement en attente
QS : en danger de « NPD-isation »
Après la CAQ, Québec solidaire est probablement le parti qui aborde la campagne avec le plus d’appréhension. Depuis 2022, l’humeur politique a profondément changé et les Québécois n’ont pas échappé à la fatigue progressiste observée ailleurs. QS a aussi perdu ses deux figures les plus connues, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, et une part importante de sa visibilité médiatique. Prisonnier de ses militants et incapable de se recentrer, le parti récolte désormais des intentions de vote à un seul chiffre. Son existence n’est pas menacée, mais il risque d’être cantonné à un rôle de conscience sociale du Parlement, comme le NPD fédéral après le départ de Thomas Mulcair. QS a jusqu’ici présenté le plus de candidatures, mais aucune ne se démarque vraiment, à l’exception d’Alexandre Boulerice, seul député néo-démocrate québécois, qui semble quitter un navire en difficulté pour un autre.
Chefs : Ruba Ghazal et Sol Zanetti
Nombre de candidats déclarés : 71
Intentions de vote : 11%
Défi : Parler aux Québécois ordinaires sans aliéner ses militants
PCQ: un probable empêcheur de gouverner en rond
À l’inverse, le Parti conservateur du Québec profite du retour du balancier idéologique et de l’impopularité de la CAQ pour consolider, voire élargir, sa base. Il se présente désormais comme l’héritier d’une troisième voie, ni fédéraliste ni souverainiste. Pour la première fois, le PCQ pourrait faire élire des députés, les projections lui accordant 14 sièges, surtout dans la région de Québec. Ce ne serait pas assez pour gouverner, mais suffisamment pour devenir une force politique légitime et peut-être détenir la balance du pouvoir dans un gouvernement minoritaire. Jusqu’ici, le parti a étonnamment évité les faux pas et présenté une cinquantaine de candidats, dont Dominique Dumas et Marcel Bouchard. Son principal défi sera toutefois de présenter un visage respectable, puisque ses appuis demeurent volatils et que ses candidats sont souvent associés à des déclarations controversées. L’embauche récente d’un caquiste de haut profil comme directeur de cabinet pourrait aider Éric Duhaime à maintenir le cap.
Chef : Éric Duhaime
Nombre de candidats déclarés : 50
Intentions de vote : 14%
Défi : Se professionnaliser pour consolider ses appuis