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La course à la chefferie de la CAQ commence à se dessiner

  • David Boudeweel
  • 2 days ago
  • 3 min read

Le paysage politique québécois est entré dans une période de transition à la suite de la démission du premier ministre François Legault à la mi-janvier. Après deux années marquées par une baisse de popularité, son départ ouvre la voie à une course à la chefferie au sein de la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui sera déterminante non seulement pour l’avenir du parti, mais aussi pour l’orientation du gouvernement du Québec lui-même. Les enjeux sont élevés, puisque le prochain chef de la CAQ deviendra automatiquement le prochain premier ministre du Québec, même si ce n’est que pour une courte période. Le nouveau chef et prochain premier ministre sera connu le 12 avril.


Pour comprendre ce qui s’en vient, il est essentiel de revenir aux fondements du succès de la CAQ. Sous François Legault, le parti s’est imposé comme une troisième voie dans un paysage politique québécois profondément divisé. Il n’était ni souverainiste comme le Parti québécois, ni explicitement fédéraliste comme le Parti libéral du Québec. La CAQ proposait plutôt une alternative pragmatique, axée sur la gouvernance, le développement économique et une forme mesurée de nationalisme, qui a su rallier un large éventail d’électeurs en évitant de s’ancrer fermement dans un camp ou l’autre.


Depuis sa percée électorale en 2012, François Legault est parvenu à bâtir et à maintenir une équipe remarquablement diversifiée. Son caucus réunissait à la fois des figures issues d’une aile plus nationaliste et d’autres ancrées dans une idéologie proentreprises et axée sur l’économie. Le maintien de ces deux courants sous un même toit politique constitue l’un des accomplissements les plus marquants de François Legault. Préserver cet équilibre délicat sera le principal défi auquel devra faire face son successeur, et un facteur clé de la viabilité future du parti.


Parmi les candidats officiellement déclarés à la chefferie de la CAQ figure Christine Fréchette, actuelle ministre de l’Économie, de l’Énergie et de l’Innovation*. Bien qu’elle soit une ancienne membre du Parti québécois, Christine Fréchette est étroitement associée à l’aile économique de la CAQ. Son accent mis sur l’investissement, la compétitivité et la croissance économique la positionne clairement du côté pragmatique du parti. Ses positions en matière d’immigration sont toutefois souvent perçues comme étant en décalage avec celles de l’aile nationaliste de la CAQ, ce qui met en lumière les tensions internes susceptibles d’influencer la course à la chefferie.


Parallèlement, l’aile nationaliste est désormais représentée dans la course par l’autre candidat déclaré, Bernard Drainville, actuel ministre de l’Environnement*. Ce courant a historiquement mis l’accent sur les enjeux d’identité, de laïcité et d’autorité de l’État, des thèmes devenus centraux dans l’image politique de la CAQ au cours des dernières années. Les ambitions de Bernard Drainville à la chefferie ne sont pas nouvelles : elles remontent à son passage comme ministre du Parti québécois sous le gouvernement de Pauline Marois. Sa candidature signale clairement une orientation plus affirmée du parti vers le nationalisme québécois.


Le défi à venir est accentué par l’annonce du départ de deux ministres de premier plan souvent associées à l’aile économique de la CAQ. Geneviève Guilbault et Sonia LeBel ont toutes deux confirmé qu’elles ne se représenteront pas lors de l’élection d’octobre 2026. Leur absence transformera de manière significative les dynamiques internes du parti et forcera le prochain chef à composer un conseil des ministres sans certaines de ses figures les plus influentes.


Peu importe l’issue de la course, le prochain chef de la CAQ et premier ministre héritera d’une coalition politique fragile. Rebâtir une équipe ministérielle solide tout en maintenant l’unité entre deux courants idéologiquement distincts ne sera pas une tâche facile. La capacité de la CAQ à renouveler avec succès son modèle de troisième voie, ou, à l’inverse, le risque que des divisions internes viennent éroder sa domination, dépendra largement du sens politique et des qualités stratégiques de son prochain chef.


*Ils devront démissionner de leurs fonctions pour se porter candidats.

 

 
 
 

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