L’été avant la campagne électorale
- David Boudeweel
- il y a 5 jours
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La session parlementaire étant maintenant derrière eux, les politiciens québécois prennent la route de l’été et retournent dans leurs circonscriptions avec une mission : être vus. Au cours des prochaines semaines, députés, ministres, candidats et chefs de parti multiplieront les présences dans les festivals de quartier, les barbecues, les événements locaux et les rassemblements communautaires partout au Québec.
À l’approche de l’élection du 5 octobre, la course est devenue plus mouvante. Le plus récent sondage Synopsis-La Presse place le Parti Québécois en tête avec 31 %, suivi du Parti libéral du Québec à 25 %, de la CAQ à 21 %, du Parti conservateur à 12 % et de Québec solidaire à 11 %. Ce résultat change le ton de la précampagne : le PQ demeure en avance, mais les libéraux ont perdu de l’élan, tandis que la CAQ se retrouve de nouveau suffisamment près pour que la course ressemble moins à un duel entre deux partis qu’à une lutte à trois.
C’est une bonne nouvelle pour la première ministre Christine Fréchette. Alors qu’elle était perçue, il y a peu, comme étant à la tête d’un gouvernement en fin de parcours, elle semble maintenant avoir au moins partiellement stabilisé la CAQ. La question est de savoir si elle pourra transformer cette remontée en quelque chose de plus large : une tentative crédible de rendre l’élection de nouveau compétitive, après des années de fatigue politique envers le gouvernement.
Malgré cette compétitivité émergente, les réalités politiques rattrapent la première ministre. La CAQ fait toujours face à une vague de départs, avec environ 40 députés, au moment de publier, qui choisissent de ne pas se représenter à l’automne. Certains ont pris cette décision malgré l’élection de Fréchette comme cheffe, ce qui suggère que le changement de leadership n’a pas entièrement rétabli la confiance au sein du parti. La CAQ n’a pas encore annoncé de nouveaux candidats, alors que le Parti Québécois et les libéraux ont déjà commencé à présenter des candidatures crédibles et de haut niveau dans des circonscriptions gagnables.
Les libéraux font face à un problème différent. Charles Milliard avait donné un nouvel élan au parti, mais le plus récent sondage suggère que cet appui demeure fragile. Sa tâche, au cours de l’été, sera de démontrer que la remontée libérale est plus qu’un rebond de courte durée et que le parti peut parler au-delà de sa base traditionnelle.
Le Parti Québécois demeure le parti à battre, mais il fait lui aussi face à une campagne plus complexe qu’il y a quelques mois. Paul St-Pierre Plamondon continue de promettre un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, ce qui donne au PQ une position claire, mais aussi une position qui définira la campagne si les autres partis choisissent d’en faire un enjeu central.
Les thèmes de la campagne sont encore en train de prendre forme. L’économie québécoise, qui connaît des difficultés, n’a pas été l’enjeu dominant des dernières semaines de la session parlementaire. L’Assemblée nationale a plutôt consacré beaucoup de temps à des questions comme l’interdiction de la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans et aux débats en santé. Elle a aussi débattu de la carte électorale, alors que le gouvernement a poursuivi ses efforts pour augmenter le nombre de députés de 125 à 127, malgré le fait que les tribunaux aient confirmé que le processus indépendant de redécoupage pouvait aller de l’avant.
Tout bien considéré, l’économie risque de devenir l’un des principaux champs de bataille de la campagne. Le chef libéral Charles Milliard a commencé à présenter l’avenir économique du Québec autour de la réindustrialisation, de la déréglementation, de l’immigration, du soutien aux petites et moyennes entreprises et du repreneuriat. Son positionnement donne aux libéraux une orientation économique plus claire qu’au cours des dernières années, surtout s’ils parviennent à la relier à la croissance régionale et aux pressions financières ressenties par les entreprises et les familles.
La question constitutionnelle est également revenue, mais sous une forme très différente des campagnes passées. Paul St-Pierre Plamondon continue de promettre un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat, ce qui rend la position du Parti Québécois claire et absolue. Pour Christine Fréchette, l’enjeu est plus délicat. Certains ministres caquistes ont déjà indiqué comment ils voteraient dans un référendum, soit Oui ou Non, ce qui complique la capacité de la première ministre à maintenir une ligne unique et disciplinée au sein de son parti. Son défi sera de déterminer si elle peut encore incarner la « troisième voie » que François Legault avait réussi à proposer en 2018 : ni fédéraliste au sens libéral, ni souverainiste au sens péquiste, mais nationaliste, pragmatique et résolument concentrée sur la gouvernance.
Au final, les mois d’été compteront. Les partis ne cherchent pas seulement à gagner en visibilité; ils tentent aussi de définir les contours de la prochaine élection. Les électeurs seront-ils appelés à choisir entre des plans économiques, des positions sur l’avenir du Québec ou simplement entre différents jugements sur le bilan du gouvernement après huit ans au pouvoir? Pour l’instant, la réponse demeure floue, et cette incertitude pourrait bien être la caractéristique la plus importante de la précampagne.



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