L’entente de Churchill Falls et la nouvelle réalité énergétique du Québec
- David Boudeweel
- 3 days ago
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Le 17 août, les gouvernements du Québec, de Terre-Neuve-et-Labrador et du Canada ont annoncé une nouvelle entente de principe impliquant Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro concernant l’avenir de Churchill Falls.
L’entente revoit et élargit considérablement celle qui avait d’abord été négociée sous l’ancien premier ministre du Québec François Legault en 2024. Elle prévoit la poursuite de l’exploitation et l’agrandissement de la centrale existante de Churchill Falls, le développement du projet hydroélectrique de Gull Island, de nouvelles infrastructures de transport d’électricité ainsi que, potentiellement, de nouveaux projets éoliens au Labrador.
Ensemble, ces projets pourraient éventuellement représenter environ 14 000 MW de capacité de production d’énergie renouvelable, dont quelque 10 000 MW seraient accessibles à Hydro-Québec. Les investissements totaux sont estimés à près de 70 milliards de dollars, dont 10 milliards en financement provenant du gouvernement fédéral.
Le moment choisi pour cette annonce retient l’attention. Elle survient moins de deux semaines avant le début prévu de la campagne électorale québécoise, le 27 août, en vue des élections générales du 5 octobre. Une entente d’une telle ampleur allait inévitablement s’inviter dans le débat préélectoral. Mais l’enjeu est beaucoup plus vaste.
Le Québec entre dans une période où ses besoins énergétiques augmenteront considérablement. La demande d’électricité est en hausse, l’industrie a besoin de capacités supplémentaires, les transports et les bâtiments s’électrifient, et les gouvernements souhaitent attirer de nouveaux investissements dans les secteurs minier, manufacturier et technologique.
Le gouvernement du premier ministre Mark Carney fait le même constat à l’échelle fédérale. Parallèlement à l’annonce sur Churchill Falls, Ottawa a soumis le corridor d’énergie propre, de minéraux critiques et d’infrastructures de la fosse du Labrador au Bureau des grands projets. L’objectif est d’accélérer le développement des infrastructures énergétiques, minières, de transport et autres nécessaires à la mise en valeur de l’une des plus importantes régions de ressources naturelles du Canada.
Cette approche est importante. Il n’est désormais plus possible de traiter l’énergie indépendamment du développement économique. Il sert à peu de chose d’autoriser de grandes mines, usines ou installations industrielles si l’énergie et les infrastructures nécessaires à leur exploitation ne sont pas disponibles.
Churchill Falls revêt donc une importance considérable. Mais même 10 000 MW d’électricité supplémentaire pour le Québec ne changent pas la réalité fondamentale : aucun projet ni aucune source d’énergie ne suffira à lui seul.
Le Québec aura besoin de davantage d’hydroélectricité et d’énergie éolienne, mais aussi d’énergie solaire, de bioénergie, de gaz naturel et d’énergie nucléaire. L’ampleur du défi est tout simplement trop grande pour écarter des options viables.
Cela rend également de plus en plus difficile d’ignorer la position du Québec à l’égard du gaz naturel. La province est prête à investir massivement pour sécuriser des approvisionnements énergétiques supplémentaires à l’extérieur de ses frontières, tout en hésitant à développer ses propres ressources en gaz naturel. À mesure que les besoins énergétiques continueront d’augmenter, cette contradiction deviendra inévitablement plus difficile à éviter.
L’entente demeure une entente de principe, et d’autres négociations et consultations devront avoir lieu avant sa ratification prévue d’ici le 31 mars 2027.
Pendant longtemps, le débat énergétique québécois a été façonné par l’abondance. Le prochain portera sur notre capacité à construire suffisamment et assez rapidement.