Le Québec ne peut miser uniquement sur l’hydroélectricité
- David Boudeweel
- il y a 2 jours
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Même si le nouveau Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec reconnaît que la demande en énergie augmentera considérablement au cours des prochaines décennies, il ne présente pas encore une stratégie suffisamment détaillée et crédible pour y répondre.
Dans sa forme actuelle, le plan fait reposer une part disproportionnée de l’avenir énergétique du Québec sur Hydro-Québec. L’électrification y est présentée non seulement comme un élément important de la transition, mais comme sa principale solution. D’ici 2050, la demande d’électricité devrait atteindre environ 281 térawattheures (TWh), comparativement à près de 200 TWh en 2022. Le gouvernement souhaite également ajouter quelque 150 TWh d’énergie renouvelable, tout en maintenant des tarifs abordables, en soutenant le développement industriel et en réduisant les émissions. Il sera difficile d’atteindre tous ces objectifs à la fois sans adopter une stratégie énergétique plus diversifiée.
La réalité est que la croissance des besoins énergétiques du Québec pourra difficilement être comblée uniquement par l’électricité. Une véritable démarche de planification devrait évaluer l’ensemble des sources d’énergie et des technologies disponibles en fonction de leur fiabilité, de leur coût, de leur potentiel régional et de leur pertinence selon les différents usages. Or, le plan semble plutôt tenir pour acquis qu’Hydro-Québec, en raison de sa position monopolistique, sera en mesure de fournir les énormes volumes d’électricité supplémentaires dont auront besoin les ménages, les transports et les industries.
Cette hypothèse comporte des risques de plus en plus importants, alors qu’Hydro-Québec doit composer avec plusieurs défis simultanément. Les faibles niveaux des réservoirs ont notamment réduit une partie de la marge de manœuvre traditionnellement offerte par le réseau hydroélectrique québécois. Bien que l’hydroélectricité demeure une source d’énergie renouvelable et fiable, elle n’est pas à l’abri des variations des précipitations ni des périodes prolongées de sécheresse.
Parallèlement, certains éléments de la stratégie hydroélectrique à long terme du Québec deviennent plus incertains. La nouvelle entente proposée concernant Churchill Falls suscite une vive opposition à Terre-Neuve-et-Labrador. Au Québec, les membres de la communauté innue de Pessamit ont rejeté, par référendum, une entente proposée avec Hydro-Québec. Ces événements montrent que l’accès à de nouvelles sources d’approvisionnement hydroélectrique, la réalisation de nouveaux projets et la construction des infrastructures nécessaires ne peuvent être tenus pour acquis.
Aucun de ces défis ne signifie que le Québec devrait se détourner de l’hydroélectricité ou de l’électrification. L’une comme l’autre continueront de jouer un rôle central dans son avenir énergétique. Toutefois, le fait de miser principalement sur une seule société d’État, un seul réseau et une seule source d’énergie dominante va à l’encontre des principes mêmes d’une planification intégrée des ressources. En pratique, cela revient à placer l’ensemble des ambitions énergétiques du Québec dans le même panier.
Le développement économique dépend de la capacité à fournir l’énergie au moment où les entreprises sont prêtes à investir, et non plusieurs années plus tard, une fois achevés les nouveaux projets de production, les lignes de transport, les processus d’autorisation réglementaire et les consultations.
Le Québec a besoin d’un plan énergétique qui parte de la croissance prévue de la demande et qui évalue de façon rigoureuse toutes les sources d’approvisionnement réalistes. Le plan actuel fixe des objectifs ambitieux, mais il ne démontre pas encore avec suffisamment de précision comment le Québec produira toute l’énergie nécessaire pour les atteindre.



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