Prudence plutôt qu’ambition : un budget préélectoral marqué par la retenue
- David Boudeweel
- il y a 7 heures
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Le gouvernement de la CAQ a présenté son budget la semaine dernière. Dans un contexte d’incertitude politique et économique, le ton prudent du document reflète bien la situation. Avec un ministre des Finances qui agit dans un contexte de « gouvernement intérimaire » après la démission de François Legault, et une conjoncture mondiale instable qui pèse sur la croissance, ce budget s’éloigne des exercices préélectoraux habituellement plus ambitieux. On y retrouve plutôt une approche mesurée, largement dictée par la faible marge de manœuvre financière du Québec.
Au cœur du budget, on retrouve toujours le défi du retour à l’équilibre budgétaire. Même si le déficit diminue, passant de 13,6 milliards de dollars l’an dernier à 8,6 milliards, il demeure élevé. Les dépenses devraient atteindre 170,8 milliards, pour des revenus de 166,5 milliards, et l’équilibre est toujours prévu pour 2029-2030. Cela dit, le budget donne peu de détails concrets sur la façon d’y parvenir, ce qui soulève des doutes sur la crédibilité de cet objectif.
Cette retenue semble moins être un choix stratégique qu’un reflet de la réalité financière. Les dernières années ont été marquées par des dépenses importantes, une croissance du nombre d’employés dans le secteur public et des conventions collectives coûteuses, ce qui exerce une pression continue sur les finances publiques. À cela s’ajoute le fait que certaines initiatives économiques n’ont pas donné les résultats attendus, limitant encore davantage la capacité du gouvernement à proposer de nouvelles mesures. Résultat : le gouvernement se dirige vers une élection avec un déficit de plusieurs milliards, loin des surplus hérités en 2018.
Le contexte économique n’aide pas non plus. La croissance est prévue à 1,1 % en 2026 et 1,4 % en 2027, des prévisions modestes qui reflètent l’incertitude mondiale, la montée du protectionnisme et les tensions commerciales. L’ajout d’une provision de contingence de 8 milliards sur cinq ans montre bien le niveau de prudence adopté. Dans ce contexte, et avec des enjeux émergents comme un possible manque d’énergie, le Québec devient plus vulnérable aux chocs externes.
Sur le plan politique, le budget traduit aussi une période de transition. Avec un nouveau chef et premier ministre de la CAQ encore à désigner, l’objectif est surtout d’assurer une certaine continuité plutôt que de lancer de nouvelles orientations. Le budget d’Éric Girard s’inscrit donc dans une logique de gestion intérimaire : stabiliser la situation à court terme et rassurer les marchés, sans proposer de vision forte pour l’avenir.
Cela dit, le budget comporte quelques éléments à noter. Le gouvernement prévoit 1,3 milliard de dollars sur cinq ans pour les engagements du futur premier ministre, ainsi que des investissements pour l’entretien des infrastructures publiques, notamment en santé. On retrouve aussi des mesures ciblées pour certains secteurs sous pression, comme la foresterie, et un soutien modeste à la culture. Mais dans l’ensemble, ces mesures demeurent limitées et ne changent pas de façon significative la trajectoire économique du Québec.
Au final, ce budget soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses sur l’avenir des finances publiques. Le déficit diminue, mais le chemin vers l’équilibre reste flou et repose davantage sur des hypothèses prudentes que sur un plan détaillé. Contrairement aux promesses ambitieuses qu’on voit souvent avant une élection, ce budget se distingue par sa retenue ; il sert surtout à maintenir le cap en attendant qu’un nouveau gouvernement soit en place et prêt à prendre des décisions plus difficiles, et peut-être plus audacieuses.



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