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  • David Boudeweel-Lefebvre

Le Québec bientôt à court d'énergie ?

L'hydroélectricité fait depuis longtemps partie intégrante du tissu économique et culturel du Québec, mais de nouveaux défis pourraient mettre le réseau à l'épreuve.


Pour les Québécois, la crise du verglas de 1998 a été plus qu'un événement météorologique dangereux. Ce fût un désastre qui a frappé le cœur de l’identité de la province, exposant la vulnérabilité de son cher réseau d’hydroélectrique et menant à d'importants investissements dans les infrastructures énergétiques, y compris la construction de nouveaux barrages. Depuis, l'image publique d'Hydro-Québec s'est renforcée, car le monopole énergétique géré par le gouvernement a été en mesure d'assurer un approvisionnement en électricité fiable tout en rapportant des revenus indispensables que la province a investis dans des programmes sociaux.


Cependant, des événements récents ont complètement changé le paysage énergétique de la province. Hydro-Québec a pris un grand risque en signant des contrats d'exportation avec les États-Unis, a échoué à moderniser ses infrastructures vieillissantes et a sous-estimé la nécessité de répondre à l'augmentation de la demande intérieure lorsque l'économie a redémarré après la COVID-19. Ajoutez à cela les problèmes d’approvisionnement en énergie depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et les incitations des producteurs américains d'hydrocarbures à rediriger leurs exportations vers l'Europe et l'Asie plutôt que vers le Canada, et vous avez maintenant une nouvelle tempête qui met en danger le système énergétique du Québec.


Cette fois, la menace n'est pas une brève tempête de pluie verglaçante, mais une incapacité structurelle à long terme à fournir suffisamment d'énergie à des prix abordables pour continuer à soutenir les projets industriels au Québec. Alors que le gouvernement provincial cherche à investir massivement dans l'électrification des transports et la « décarbonisation » de l'économie, les pénuries potentielles d'hydroélectricité arrivent à un très mauvais moment.


Des problèmes énergétiques qui se transforment en problèmes économiques

Pendant des années, de nombreuses régions du Québec ont pu attirer des emplois parce que le gouvernement pouvait offrir des rabais sur l'énergie aux industries et aux résidents. C'était l'un des rares leviers dont disposait le Québec pour faire face à la concurrence et convaincre les grandes industries de s'installer dans la province. Ces rabais compensaient un régime fiscal moins favorable et une plus grande difficulté à attirer et à retenir les travailleurs étrangers. L'exportation d'hydroélectricité a également permis de faire venir de l'argent de l'extérieur de la province, car l'offre était abondante. Ce que des générations de Québécois ont longtemps tenu pour acquis est maintenant sérieusement menacé.


Récemment, la présidente et chef de la direction d'Hydro-Québec et de nombreux autres cadres supérieurs ont annoncé leur intention de quitter l'organisation. Bien que les raisons officielles varient, il est clair que la volonté du gouvernement de réorganiser l'entreprise et de s'impliquer davantage dans la distribution de l'électricité s'est heurtée à une institution peu habituée aux changements rapides. Le ministre de l'Énergie veut également augmenter la capacité du réseau électrique et mettre fin au fantasme selon lequel la réduction de la consommation résidentielle résoudra tous les problèmes. Le Québec a besoin de plus d’énergie, et il n'y a pas d'autre solution que de prendre le problème à bras le corps. Hydro-Québec s'est traîné les pieds pendant des années, et il y a maintenant un prix à payer.


Les solutions possibles

Il n'y a pas de solution miracle aux problèmes énergétiques actuels et futurs du Québec.

La première option est d'accepter une croissance économique plus lente et moins d'investissements étrangers. Pour des raisons évidentes, ce n'est pas la voie à suivre, du moins pas pour ceux qui ne sont pas des fanatiques du désinvestissement.


La deuxième option consiste à dépendre de plus en plus des marchés énergétiques étrangers. Les chaînes d'approvisionnement en énergie dans le monde devenant chaque jour plus chères et imprévisibles, ce n'est pas une option sur laquelle construire et planifier. Comme nous l'avons vu dans les années 1970 et plus récemment dans le sillage de la grande récession de 2008-2009, les chocs sur les prix de l'énergie peuvent être préjudiciables et, à leur tour, geler la croissance et limiter les choix politiques.


La troisième option consiste à combiner une meilleure efficacité énergétique et une augmentation de la production. L'amélioration de l'efficacité permettrait d'alléger le poids de la croissance de la demande en utilisant de meilleurs procédés et en répartissant l'énergie là où elle est le plus nécessaire. Une augmentation de la production permettrait de répondre à la demande croissante résultant d'une économie saine et en croissance.


Pour augmenter la production d'énergie, le Québec peut, bien sûr, construire de nouveaux barrages hydroélectriques. Cela devra sans doute faire partie de la solution. Le problème, c'est qu'il faut de huit à quinze ans avant que les nouveaux barrages soient prêts à entrer en action. Entre-temps, pour éviter de trop dépendre de sources d'énergie provenant de l'extérieur de la province, le Québec pourrait aussi développer ses réserves de gaz naturel, ce qui contribuerait à assurer une alimentation stable en électricité pendant la période de transition. La province peut améliorer ses installations éoliennes et stimuler la production d'énergie solaire et de biogaz. Ces sources peuvent compléter la production d'hydroélectricité, mais elles sont souvent moins fiables, et l'énergie qu'elles produisent est de courte durée et beaucoup plus coûteuse à stocker. Ces technologies peuvent néanmoins jouer un rôle précieux dans un bouquet énergétique plus diversifié.


Comme le montrent d'autres modèles dans le monde, les transitions énergétiques peuvent être extrêmement difficiles à planifier et à exécuter, principalement parce que la croissance de la demande est toujours sous-estimée. Si l'on ajoute à cela les réalités géopolitiques, il devient évident que l'indépendance énergétique peut difficilement reposer sur des sources d'approvisionnement uniques. Si le Québec veut électrifier son économie, il aura besoin de plus d'énergie dans son réseau. Cette nouvelle réalité est là pour durer, et la province devra enfin avoir le débat énergétique qu'elle pensait pouvoir éviter.




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