Carte électorale : ne pas affaiblir un système qui fonctionne
- David Boudeweel
- il y a 10 heures
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Le débat sur la carte électorale québécoise soulève une question plus importante que le simple tracé de quelques circonscriptions. Il touche directement à la crédibilité de notre système démocratique. La Commission de la représentation électorale a établi une nouvelle délimitation des circonscriptions, qui doit entrer en vigueur le 15 juillet 2026. Cette carte vise notamment à mieux refléter les mouvements de population observés au Québec au cours des dernières années.
Le gouvernement souhaite maintenant intervenir par projet de loi afin de faire passer le nombre de circonscriptions de 125 à 127. L’objectif est de préserver certaines circonscriptions qui auraient été fusionnées ou modifiées, notamment en Gaspésie et dans l’Est de Montréal. Sur le plan humain et régional, on peut comprendre les inquiétudes. Chaque circonscription représente une histoire, un territoire et des communautés. Mais cela ne signifie pas que les élus doivent, à la dernière minute, modifier les règles du jeu électoral.
Le fait que plusieurs partis appuient une telle démarche ne la rend pas automatiquement souhaitable. Au contraire, lorsqu’il est question de la carte électorale, l’unanimité ou le consensus politique peut aussi devenir inquiétant si les élus se donnent collectivement le pouvoir de contourner un processus indépendant. Le Québec peut se vanter d’avoir un système de représentation généralement crédible, stable et administré avec sérieux. C’est précisément cette crédibilité qui risque d’être affaiblie si l’Assemblée nationale commence à intervenir directement dans le redécoupage des circonscriptions pour des raisons politiques.
La tentative d’adopter rapidement ce projet de loi, sans véritable débat, était une erreur. Heureusement, un député s’est levé pour forcer la discussion. Youri Chassin a bloqué l’adoption accélérée du projet de loi, en rappelant qu’on touche ici à un élément fondamental de la démocratie québécoise. Il avait raison : une réforme de cette nature mérite mieux qu’un passage en vitesse à l’Assemblée nationale.
Il faut aussi remettre les choses en perspective. Dans les circonstances actuelles, le Québec a besoin de beaucoup de choses avant d’ajouter des députés. L’Assemblée nationale compte déjà 125 députés, tandis que l’Ontario en compte 124, malgré une population beaucoup plus élevée. Le Québec est donc déjà beaucoup mieux représenté par habitant que son voisin ontarien.
Enfin, les élus représentent d’abord des citoyens qui leur délèguent leur pouvoir. Ils ne représentent pas des arbres, des roches ou des cours d’eau. Il est normal que la carte électorale change avec le temps et que les régions aient une représentation proportionnelle, ou à peu près proportionnelle, à leur population. Les États-Unis offrent un exemple clair de ce qu’il ne faut pas faire : une politisation constante des cartes électorales, où les règles changent au gré des intérêts partisans. Le Québec dispose déjà d’un mécanisme indépendant pour ajuster sa représentation. Il devrait le protéger, non l’affaiblir
Source image : Sémhur, Carte du Québec au sein du Canada.svg, Wikimedia Commons, 2011. Licence CC BY-SA 4.0.



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