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Élections québécoises 2026 : bilan de la cinquième semaine

David Boudeweel
il y a 23 heures
5 min de lecture

L’heure des choix est arrivée. Après une longue campagne électorale, les Québécois se rendront aux urnes lundi prochain pour élire leur nouveau gouvernement. Sauf surprise, cela devrait consacrer le début d’un nouveau cycle politique au Québec. Retour sur les derniers jours de campagne, les dernières projections, éléments à surveiller: vous trouverez tout ce que vous devez savoir en vue du 5 octobre.

 

Un électeur sur quatre a déjà voté

Le vote par anticipation, tenu dimanche et lundi, a une fois de plus attiré de nombreux électeurs. À l’échelle du Québec, le taux de participation préliminaire s’est établi à 23,59 %, soit près d’un électeur sur quatre. La participation a été particulièrement forte dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, là où le Parti conservateur du Québec (PCQ) domine présentement les sondages.

 

En route vers un gouvernement du Parti Québécois

À moins d’un revirement spectaculaire au cours des prochains jours, il semble que le Parti Québécois (PQ) sortira grand vainqueur au soir des élections, le 5 octobre prochain. L’effondrement de la CAQ combiné à l’extrême division du vote non-souverainiste entre quatre partis et une campagne prudente, mais sans faute, sourit aux péquistes.  Le plus récent sondage donne désormais le PQ à 30%, suivi du Parti libéral du Québec (PLQ) (26%), du PCQ (18%), de la Coalition Avenir Québec (CAQ) (16%) et de Québec Solidaire (9%). La question est désormais de savoir si son chef, Paul Saint-Pierre Plamondon, réussira à obtenir un mandat majoritaire, ce qui serait une première depuis 1998.

 

Accusations d’ingérence américaine : le clou dans le cercueil caquiste?

En perte de vitesse dans les sondages après une performance décevante de sa cheffe dans les débats nationaux, la CAQ avait impérativement besoin de rebondir. C’est ce qu’elle croyait pouvoir faire, en coulant à un journaliste des supposées informations sur une possible ingérence américaine dans les élections en faveur du PQ. Or, ces accusations ont rapidement été démontées. Pire : il a été révélé que la CAQ disposait de ces informations depuis longtemps sans en avertir les services de renseignements, et que Christine Fréchette avait été gardée dans l’ignorance. Accusée d’avoir tenté de manipuler les journalistes pour influencer l’opinion publique à quelques jours du vote, la cheffe caquiste a dû promettre de faire enquête sur sa propre équipe, dans cette affaire qui risque de la suivre jusque dans les derniers jours de la campagne électorale.

 

Le Parti Québécois renonce au Troisième lien… et à la région de Québec?

Après avoir longtemps défendu un troisième lien entre Québec et Lévis consacré au transport collectif, le PQ a abandonné cet engagement dans les derniers jours de la campagne. Le choix est significatif dans une région où le dossier demeure important et où le PCQ domine les intentions de vote. Il pourrait aussi révéler un calcul stratégique : plutôt que de consacrer d’importants efforts à tenter de percer dans la région de Québec, où il ne détient actuellement qu’un seul siège, le PQ semble peut-être vouloir concentrer ses ressources dans des circonscriptions plus accessibles ailleurs au Québec.

 

Des relations Québec-Ottawa appelées à changer

L’élection d’un gouvernement du Parti Québécois changerait sensiblement la dynamique entre Québec et Ottawa. Les relations avec le premier ministre Mark Carney risquent d’être plus difficiles, alors que le PQ chercherait à accroître l’autonomie du Québec et à démontrer les limites de la fédération canadienne. Sa volonté de mener une diplomatie économique plus autonome, notamment auprès des États-Unis, pourrait aussi devenir une source de tensions avec le gouvernement fédéral.

 

Un important renouvellement politique et administratif

L’arrivée d’un nouveau gouvernement entraînera aussi un important renouvellement du personnel politique et administratif. Ce serait particulièrement marqué dans le cas du PQ, qui ne comptait que sept députés au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale. Au-delà de la nomination d’un nouveau conseil des ministres, environ 500 postes devront être pourvus dans les cabinets ministériels et les bureaux de députés. Des changements sont également à prévoir dans les échelons supérieurs de la fonction publique, alors que le nouveau gouvernement cherchera à mettre en place une équipe capable de porter ses priorités. Le Conseil des ministres actuel compte près d’une trentaine de ministres et ministres délégués, ce qui donne une idée de l’ampleur de la transition à organiser.

 

Soirée électorale : les luttes à surveiller

Dans les 127 circonscriptions du Québec, certaines luttes s’annoncent plus serrées (ou plus chargées politiquement) que d’autres. En vue de la soirée du 5 octobre, voici quelques batailles électorales à surveiller de près :

 

  • Trois-Rivières : Christine Fréchette a joué gros en se présentant dans cette circonscription pivot, qui vote habituellement du bord du futur gouvernement. Si elle devait être défaite, ce qui apparaît de plus en plus probable, des questions se poseraient quant à son avenir à la tête de la CAQ.

  • Orford : le chef libéral Charles Milliard a surpris quand il a choisi cette circonscription de l’Estrie. Ayant dû essuyer des critiques de son propre camp pour une campagne jugée terne, une défaite pourrait être la goutte qui fait déborder le vase. Il apparaît toutefois probable qu’il puisse désormais se faufiler jusqu’à la victoire, face à l’effondrement du vote caquiste.

  • Drummond-Bois-Francs, Arthabaska-l’Érable, Nicolet-Bécancour, Mégantic : ces circonscriptions sont parmi les plus susceptibles d’élire un député conservateur, en dehors de celles dans la région de Québec. Si cela devait se produire, il s’agirait d’une victoire éclatante pour Éric Duhaime.

  • Borduas : s’il ne reste qu’un seul député caquiste au lendemain du 5 octobre, ce pourrait très bien être dans cette circonscription, fief de la vedette Simon Jolin-Barrette. Une victoire du PQ, qui le talonne, pourrait se traduire par l’éradication complète de la CAQ.

 

Les grandes inconnues du scrutin

Au-delà des luttes individuelles, le scrutin permettra également de répondre à quelques grandes questions susceptibles de redéfinir le paysage politique québécois pour les prochaines années.

 

  • Combien de députés péquistes dans les capitales? Le PQ réussira-t-il à percer la concentration du vote libéral et solidaire et à faire élire quelques députés montréalais, outre son chef? À Québec, les électeurs lui feront-ils payer l’abandon du projet de Troisième lien? Derrière ces questions, les suivantes : le PQ sera-t-il appelé à gouverner sans l’appui de Montréal, ni de Québec?

  • Combien de députés caquistes… tout court? Après un début de campagne intéressant, la CAQ s’est écrasée dans les dernières semaines, au point tel où l’hypothèse d’un balayage complet, qui remettrait en question l’existence même de la CAQ, apparaît plus que jamais possible.

  • Le PCQ, deuxième opposition officielle? En raison de la concentration de son vote, le PLQ devrait former l’opposition officielle à un éventuel gouvernement péquiste. La deuxième opposition pourrait toutefois revenir aux conservateurs d’Éric Duhaime, ce qui en ferait alors le deuxième grand gagnant du scrutin.

  • Des démissions le soir du scrutin? Peu importe le résultat, il s’agit d’une question sérieuse que devront se poser les chefs ayant mené leur parti à une défaite électorale au soir du 5 octobre.   

 

 


 
 
 

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