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  • David Boudeweel-Lefebvre

Une réforme qui fait des mécontents, d’un océan à l’autre

Dans une entrevue réalisée le mois dernier, le ministre responsable de la Langue française a ouvert son jeu sur son plan pour renforcer la protection du français, attendu plus tard cet automne. Parmi les mesures dévoilées, la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers et des autres provinces canadiennes a fait réagir. Mais pourquoi?


De quoi est-il question exactement ?

À l’heure actuelle, un étudiant canadien de l’extérieur du Québec paie environ 9 000$ par session lorsque celui-ci fréquente une université québécoise. En vertu du plan depuis précisé par la ministre de l’Enseignement supérieur ce montant passerait à 17 000$. Ce nouveau prix plancher reflèterait le coût réel de la formation. Pour les étudiants internationaux, la majoration serait encore plus importante. La réforme annoncée va au-delà de cette majoration : elle prévoit également une redistribution, selon des modalités à préciser, d’une partie des sommes engrangées entre l’ensemble des universités francophones.


Retour en arrière pour mieux comprendre le débat actuel

Au Québec, tous s’entendent pour dire que les universités sont sous-financées. Il faut dire toutefois que toute hausse des frais de scolarité, depuis la grève étudiante de 2012 qui a mis fin au long règne de Jean Charest, est devenue taboue. Fin 2018, le gouvernement libéral a discrètement déréglementé les frais de scolarité pour les étudiants non-Québécois. Les universités pouvaient désormais charger, pour ces étudiants, le prix qu’elles voulaient. Cela a permis aux universités anglophones de bénéficier d’une manne financière importante. Les universités francophones, elles, sont restées sur leur faim.


Quelle est l’intention du gouvernement ?

Avec cette annonce, l’équipe de François Legault souhaite faire d’une pierre deux coups : tout d’abord, renflouer financièrement les universités francophones, sans toutefois rouvrir l’épineux débat des frais de scolarité pour les étudiants québécois. Ensuite, lutter contre l’anglicisation de Montréal, où sont d’ailleurs situées la majorité des universités anglophones.


Des réactions mitigées au Québec et ailleurs au Canada

Dans ce combat, la CAQ bénéficie de l’appui du réseau de l’Université du Québec, dont les établissements souffrent cruellement du sous-financement actuel. Les universités anglophones, comme McGill, Concordia et Bishop’s, ont critiqué les intentions gouvernementales, l’une d’elles allant jusqu’à suspendre un plan de promotion de la langue française de 50 millions de dollars. Ailleurs au Canada, l’annonce a fait grand bruit, recevant un accueil froid des médias anglophones et du gouvernement fédéral. En plus de ces réactions, d’autres écueils risquent de se présenter tôt ou tard au gouvernement du Québec.


Le principe de réciprocité remis en question

La réforme s’attaque au principe de réciprocité ancré de longue date au Canada, et en vertu duquel les autres provinces assument elles aussi une partie de la facture des étudiants québécois qui fréquentent leurs universités. Il y a donc fort à parier que cette annonce jettera un nouveau froid entre le Québec et les autres provinces canadiennes. Certaines pourraient même être tentées d’appliquer le même régime à ses étudiants issus du Québec, au prix d’une nouvelle fracture entre la Belle province et le reste du pays.


Vers un nouvel éloignement ?

Finalement, cette initiative pourrait finir par se retourner contre la province : historiquement, nombre de jeunes Canadiens ont fréquenté des établissements anglophones québécois. Si ceux-ci sont ensuite repartis dans leur province d’origine, cela leur a permis d’acquérir une connaissance minimale de la langue française et de la réalité québécoise, contribuant, dans une certaine mesure, à une meilleure compréhension, ailleurs au pays, de la société distincte du Québec. Si le gouvernement Legault devait aller de l’avant avec cette mesure, le message envoyé pourrait rebuter cette clientèle et mettre à mal ce pont culturel qui relie les « deux solitudes ». À ce compte, ni le Québec ni le Canada n’y gagneraient.

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