top of page
Rechercher
  • David Boudeweel-Lefebvre

Un avenir incertain pour le garde-manger québécois ?

Dans les derniers mois, la hausse fulgurante des prix des propriétés résidentielles a fait les manchettes au Québec. Si cette poussée sur le marché résidentiel semble montrer des souffles d’essoufflement, comme le démontre la chute drastique des ventes immobilières observée en janvier, la réalité est tout autre dans le monde agricole. Problématique moins médiatisée, mais tout aussi criante, l’accès aux terres agricoles dans la Belle province devient chaque jour un peu plus difficile, contraignant plusieurs aspirants-agriculteurs à remettre à plus tard leur rêve du retour à la terre.


Le prix des terres agricoles explose, l’accès à la terre menacé

Si la pandémie et les perturbations économiques liées à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont probablement contribué au phénomène, elles n’en sont pas le point de départ. En effet, la valeur des terres agricoles est en hausse constante depuis plus de 35 ans. Selon des chiffres rendus publics par Financement agricole Canada, pour la seule année 2021, le prix des terres agricoles au Québec a connu une hausse considérable de 10%. Au cours des 10 dernières années, on parle d’une hausse cumulée avoisinant les 250%.


Si cette hausse vertigineuse est multifactorielle, l’accaparement des terres agricoles a été particulièrement montré du doigt ces dernières années. Ainsi, des spéculateurs et des investisseurs ont ainsi procédé à l’achat massif de terres agricoles, non pas en vue d’y exploiter une installation, mais bien dans l’espoir soit de la revendre à un prix supérieur, soit d’obtenir un dézonage agricole permettant la construction d’unités résidentielles ou commerciales.


La situation est telle qu’aujourd’hui, un constat se dégage : à moins d’hériter d’une terre agricole familiale, il n’est tout simplement plus possible de démarrer une exploitation agricole rentable. En effet, aux prix actuels, plusieurs terres agricoles ont tout simplement dépassé leur potentiel de rentabilité. Ce constat, lourd mais lucide, a de quoi donner froid dans le dos à la relève agricole québécoise.

Pourquoi c’est important ?

Parce que le Québec dispose encore aujourd’hui d’une filière agricole très forte. La province compte près de 30 000 entreprises agricoles et plus de 42 000 agricultrices et agriculteurs. Au total, approximativement 5% de son territoire est zoné agricole, ce qui représente 6,3 millions d’hectares. L’activité agricole génère annuellement des revenus de 9,1 milliards de dollars, un montant somme toute impressionnant pour une province de 8 millions d’habitants. Il est également important de mentionner que ces produits ne nourrissent pas seulement le Québec et le Canada : le porc du Québec, par exemple, est exporté dans plus de 80 pays dans le monde.


Des pistes de solutions pour l’instant limitées

Pour le moment, peu de solutions concrètes pour renverser la tendance semblent émerger. Le phénomène d’accaparement des terres est une problématique complexe et les leviers légaux et règlementaires pour l’endiguer semblent limités. Quoi qu’il en soit, l’État québécois devra se pencher sérieusement sur la problématique, et ce, plus tôt que tard. Autrement, c’est l’autonomie alimentaire, concept cher aux gouvernements québécois de toutes les étiquettes politiques, qui risque de s’en retrouver menacée.


Comments


bottom of page