Tarifs américains : un avantage pour Fréchette?
- David Boudeweel
- 27 août
- 3 min de lecture
La campagne électorale provinciale du Québec commence aujourd’hui dans un contexte politique qui a changé de façon importante au cours des derniers jours.
L’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, suivi de l’imposition de nouveaux tarifs américains, a ramené l’économie, l’emploi et la relation avec Washington au cœur du débat politique. Pour les partis québécois qui prennent aujourd’hui le chemin de la campagne, cette nouvelle donne pourrait modifier sensiblement des stratégies élaborées depuis plusieurs mois.
Christine Fréchette a été la première à tirer profit de cette nouvelle réalité. Elle a convoqué son Conseil des ministres, réuni les chefs des principaux partis politiques ainsi que des représentants importants du milieu des affaires, puis annoncé rapidement des programmes de soutien pour les entreprises touchées. Le message est clair : face à une crise externe, la première ministre veut apparaître active, engagée et en contrôle.
Les partis d’opposition, de leur côté, tentent de présenter la situation sous un autre angle. Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), soutient que le gouvernement ne s’est pas adéquatement préparé à une menace qui se dessinait depuis un certain temps. Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois (PQ), reproche au Québec d’avoir été trop passif dans ses relations avec Washington. Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, réclame plutôt un allègement du fardeau fiscal que des programmes de soutien ciblés, tandis que Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire, met davantage l’accent sur la diversification économique et la protection des emplois.
Malgré ces efforts, le principal défi des partis d’opposition se situe ailleurs.
Avant la crise tarifaire, la campagne semblait devoir porter largement sur le bilan d’un gouvernement de la CAQ au pouvoir depuis huit ans. Pour les adversaires de Christine Fréchette, la stratégie était relativement simple : ramener constamment l’attention des électeurs vers ce bilan et ses faiblesses.
La crise avec les États-Unis pourrait toutefois changer la question centrale que les électeurs auront en tête au moment de voter.
La comparaison avec l’élection fédérale de 2025 est difficile à ignorer. Pendant des mois, les conservateurs de Pierre Poilievre avaient construit leur stratégie autour du bilan du gouvernement libéral. Le retour de Donald Trump et les menaces économiques de son administration à l’endroit du Canada ont profondément modifié le contexte politique. Mark Carney a réussi à déplacer le débat vers une autre question : qui était le mieux placé pour gérer une crise tarifaire avec les États-Unis? Au final, les libéraux au pouvoir ont remporté une autre victoire.
Les partis d’opposition au Québec devront éviter de tomber dans le même piège en poursuivant une campagne conçue pour un contexte politique qui a depuis changé.
Certains signes laissent déjà croire que la situation pourrait jouer en faveur de Christine Fréchette. Un sondage Léger publié cette semaine place toujours le PQ en tête avec 30 %, mais montre la CAQ en progression et désormais devant le PLQ. Le sondeur Jean-Marc Léger a d’ailleurs indiqué que la crise tarifaire contribuait à repositionner Fréchette comme principale alternative au PQ.
Rien de tout cela ne fait disparaître le bilan de deux mandats de la CAQ, et une campagne électorale peut évoluer rapidement. Mais au moment où elle commence, Christine Fréchette dispose d’un avantage important : elle est la première ministre en fonction alors que les électeurs cherchent des réponses à une nouvelle crise d’envergure.
La question des prochaines semaines sera donc de savoir si cette élection demeure un référendum sur le bilan de la CAQ ou si elle devient plutôt un choix quant à la personne que les électeurs jugent la mieux placée pour protéger l’économie québécoise contre les politiques de Donald Trump.


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