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Le Parti Québécois revient au pouvoir avec un gouvernement minoritaire

David Boudeweel
il y a 4 heures
4 min de lecture

Les électeurs québécois ont profondément redessiné le paysage politique de la province lundi soir, en ramenant le Parti Québécois au pouvoir pour la première fois depuis 2012, au terme d’une campagne chaudement disputée. Avec seulement 28 % des voix, le PQ n’a toutefois pas réussi à obtenir la majorité qu’il espérait.


L’autre résultat marquant de la soirée est l’effondrement complet de la Coalition Avenir Québec. Après huit années au pouvoir, la CAQ est exclue de l’Assemblée nationale, un revirement spectaculaire pour un parti qui dominait la politique québécoise depuis 2018 et qui avait remporté deux gouvernements majoritaires consécutifs. Sa défaite s’explique en grande partie par la perte de l’appui des électeurs francophones, qui avaient été au cœur de ses succès électoraux précédents. La première ministre Christine Fréchette a elle-même été défaite, devenant la seule cheffe d’un grand parti à ne pas remporter son siège, ce qui témoigne du rejet plus large de sa formation par les électeurs.


Le Parti libéral du Québec a terminé au deuxième rang et a presque doublé la taille de son caucus par rapport à l’élection de 2022. Le parti a non seulement reconquis plusieurs circonscriptions traditionnellement libérales, mais il a aussi élargi sa présence au-delà de ses bastions, notamment dans la couronne montréalaise et dans les Cantons-de-l’Est.


L’une des grandes histoires de la soirée est sans doute la percée du Parti conservateur du Québec. Après avoir obtenu près de 13 % des voix sans faire élire de député il y a quatre ans, le parti remporte cette fois 19 sièges et passe tout près de balayer la grande région de Québec. Québec solidaire, principal parti de gauche au Québec, voit pour sa part sa part du vote populaire diminuer, mais réussit néanmoins à conserver à peu près le même nombre de sièges. La formation maintient ainsi une présence importante à l’Assemblée nationale, sans toutefois parvenir à obtenir le statut de parti reconnu.


La nouvelle carte électorale fait ressortir d’importantes divisions régionales. Les libéraux demeurent particulièrement forts à Montréal et à Laval, tandis que les conservateurs s’imposent comme la principale force politique à Québec et dans sa région. Le nouveau gouvernement péquiste disposera donc d’une représentation relativement limitée dans les deux plus grandes régions urbaines du Québec.


Comparativement à plusieurs élections québécoises récentes, la campagne a donné lieu à d’importants débats sur les politiques publiques et sur différentes visions de l’avenir du Québec. L’économie, l’immigration, les services publics et les relations du Québec avec Ottawa ont tous occupé une place importante, alors que la question nationale est demeurée une ligne de fracture centrale.


Et maintenant?

Le PQ s’est retrouvé à portée d’un gouvernement majoritaire, mais les résultats laissent croire qu’il a perdu de l’élan dans les derniers jours de la campagne. Le parti a particulièrement bien performé auprès des électeurs ayant voté par anticipation, alors que ses résultats auprès de ceux qui ont voté le jour du scrutin ont été sensiblement plus faibles. Ce contraste laisse penser que le PQ a peut-être laissé échapper sa chance d’obtenir une majorité dans le dernier droit de la campagne.


L’engagement du PQ à tenir un référendum sur la souveraineté au cours d’un premier mandat pourrait avoir contribué à certaines hésitations de dernière minute chez les électeurs. Quelle qu’en soit la cause exacte, le parti qui abordait la dernière semaine avec une réelle possibilité de former un gouvernement majoritaire termine finalement avec moins de 30 % des voix et un gouvernement minoritaire.


Le Québec a peu de tradition en matière de gouvernements de coalition, et rien ne laisse croire qu’il en sera autrement cette fois-ci. Le PQ cherchera plutôt vraisemblablement à obtenir l’appui de différents partis d’opposition selon les enjeux. Sur certains dossiers, il pourrait trouver un terrain d’entente avec les conservateurs. Sur d’autres, les libéraux ou Québec solidaire pourraient lui fournir les voix nécessaires pour faire adopter ses projets de loi.


Rien ne permet non plus de présumer qu’un gouvernement minoritaire sera nécessairement de courte durée. Les libéraux comme les conservateurs ressortent de cette élection nettement plus forts qu’ils ne l’étaient il y a quatre ans et pourraient ne pas avoir intérêt à retourner rapidement aux urnes. Le PQ pourrait même s’inspirer de l’approche du premier ministre Mark Carney et tenter d’attirer individuellement des députés de l’opposition dans son caucus afin de franchir le seuil de 64 sièges nécessaire pour obtenir une majorité.


Cette élection marque un changement politique majeur pour le Québec. Après huit années sous un gouvernement caquiste, la province sera maintenant dirigée par un parti ayant une vision très différente de la place du Québec au Canada et de sa relation avec Ottawa.


Les relations fédérales-provinciales seront parmi les dossiers les plus importants à surveiller. Le nouveau gouvernement du Parti Québécois devra travailler avec celui du premier ministre Carney à un moment où le Québec fait face à de l’incertitude commerciale avec les États-Unis, à des pressions sur ses finances publiques et à la nécessité de soutenir les entreprises dans un contexte économique plus difficile. Même sans référendum immédiat, l’arrivée d’un gouvernement souverainiste à Québec modifiera inévitablement la dynamique politique entre Québec et Ottawa.


À ceux et celles qui ont suivi la couverture de Boudeweel Public Affairs au cours des dernières semaines, ainsi que nos mises à jour sur la politique québécoise au cours des dernières années, merci de nous avoir lus. L’élection est peut-être terminée, mais un nouveau chapitre politique ne fait que commencer. Notre équipe continuera de vous tenir informés alors que le nouveau gouvernement entrera en fonction, formera son Conseil des ministres, établira ses priorités et devra composer avec une Assemblée nationale profondément transformée ainsi qu’avec une nouvelle relation avec Ottawa et le reste du Canada.


 
 
 

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