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La politique d’immigration du Québec se heurte à un mur

  • David Boudeweel
  • il y a 9 heures
  • 3 min de lecture

À peine sorti d’un affrontement éprouvant avec les médecins, le gouvernement du Québec se retrouve plongé dans une nouvelle controverse majeure. Cette fois, elle porte sur l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), annoncée par le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge. Présentée comme un simple ajustement administratif, la décision a rapidement pris l’ampleur d’une crise politique et symbolique.


Le PEQ offrait jusqu’ici une voie rapide vers la résidence permanente aux travailleurs étrangers déjà établis au Québec ainsi qu’aux étudiants internationaux diplômés d’institutions québécoises. Sous réserve d’une intégration jugée suffisante et d’une connaissance adéquate du français, ces personnes pouvaient obtenir un certificat de sélection du Québec, prélude à la résidence permanente fédérale. Le programme avait l’avantage d’offrir prévisibilité et clarté, tant pour les candidats que pour les employeurs.


Du point de vue du gouvernement, l’argumentaire est désormais bien rodé. Le PEQ aurait, au fil des ans, favorisé des dérives : contournement du programme par des conseillers en immigration peu scrupuleux, prolifération de collèges privés douteux, cas d’étudiants inscrits au Québec mais travaillant ailleurs au pays, voire soupçons de tests de français falsifiés.


Dans un contexte de pression croissante sur les services publics, Québec souhaite aussi reprendre un contrôle plus serré sur l’immigration économique et cibler davantage les secteurs jugés prioritaires. D’où la décision de remplacer le PEQ par un programme de sélection piloté directement par l’État, où les candidats sont invités selon les besoins définis par le gouvernement.


Mais cette lecture occulte une autre facette de la réalité. Au cours des dernières années, le gouvernement du Québec a investi des sommes considérables en campagnes de promotion à l’étranger, multiplié les missions de recrutement et accompagné des délégations de leaders économiques dans le but explicite d’attirer travailleurs et étudiants internationaux pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clés; santé, technologies, enseignement, construction, services. Le message était clair : le Québec avait besoin de ces talents, et ils étaient les bienvenus.


Or, pour nombre de ceux qui ont répondu à cet appel, l’abolition soudaine du PEQ a l’effet d’un revirement brutal. Travailleurs recrutés à grands frais, familles installées depuis plusieurs années, professionnels intégrés au marché du travail et à leur communauté se retrouvent désormais dans une zone d’incertitude, avec l’impression que les règles du jeu ont été changées en cours de route. Le sentiment de trahison est réel, et il alimente la colère bien au-delà des cercles habituels des associations en immigration.


Comme lors de la tentative avortée de réforme menée par Simon Jolin-Barrette il y a quelques années, la pression monte pour l’instauration d’une clause grand-père protégeant les personnes déjà établies au Québec. Municipalités, milieux d’affaires, institutions publiques, organismes communautaires et partis d’opposition convergent sur ce point. Le ministre Roberge, pour l’instant, refuse de céder.


Reste que la marge de manœuvre politique de la CAQ est étroite. Affaiblie dans les sondages, ébranlée par des défaites récentes et plongée dans une course à la chefferie à la suite du départ de François Legault, elle peut difficilement se permettre une crise prolongée.


Bernard Drainville, l’un des aspirants à la direction du parti, s’est déjà engagé à accorder une clause grand-père pour certains types de travailleurs. Christine Fréchette, largement perçue comme la favorite, avait d’abord adopté une position ferme. La semaine dernière, elle s’est engagée à rétablir le PEQ pour une période de deux ans, estimant qu’il s’agissait d’une approche juste et prévisible permettant d’accorder une clause grand-père aux personnes qui y étaient admissibles.


Mais peu importe l’issue de la course, le prochain premier ministre héritera d’un dossier chaud. Et il est difficile d’imaginer qu’il ou elle souhaitera entamer un mandat déjà fragilisé avec, entre les mains, une politique qui heurte à la fois l’économie, les régions et la crédibilité de l’État.

 

 
 
 

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