La course à la chefferie de la CAQ entre en eaux troubles
- David Boudeweel
- il y a 9 heures
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La course à la chefferie qui se déroule actuellement au sein de la Coalition Avenir Québec a rapidement dépassé le simple cadre d’une compétition interne. Ce qui devait être une succession contrôlée à la suite de la démission du premier ministre François Legault a plutôt mis au jour de profondes tensions au sein du parti au pouvoir et soulevé des questions plus larges sur sa direction et sur la capacité réelle d’un changement de chef à modifier, à court terme, la trajectoire politique du Québec.
Deux candidats, deux approches
La course oppose Christine Fréchette, ancienne ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, à Bernard Drainville, ancien ministre de l’Environnement et député actuel de Lévis. Bernard Drainville est beaucoup mieux connu du public que sa rivale, mais cette notoriété ne s’est pas traduite par une forte popularité. À l’inverse, Christine Fréchette demeure relativement peu connue de la majorité des Québécois, malgré l’importance du portefeuille économique qu’elle occupait au sein du cabinet.
Néanmoins, Mme Fréchette a obtenu l’appui de plusieurs ministres en poste et de membres du caucus, tandis que M. Drainville a reçu moins d’appuis de haut niveau, un déséquilibre qui influence la dynamique de leurs campagnes respectives. Mme Fréchette s’est largement positionnée dans la continuité du gouvernement Legault, une posture somme toute prévisible étant donné que plusieurs de ses appuis sont étroitement liés aux politiques et aux orientations actuelles du gouvernement.
M. Drainville, pour sa part, a adopté un ton plus combatif, se présentant comme le candidat du changement. Sa plateforme reflète une orientation plus clairement de centre droite : élargissement du rôle du secteur privé en santé, redressement des finances publiques, réduction de ce qu’il qualifie d’étapes administratives environnementales inutiles et allègement de la bureaucratie. Il s’agit d’un positionnement idéologique plus affirmé, mais qui comporte aussi son lot de risques, comme le reflète l’opinion publique.
Les sondages montrent de façon constante que les Québécois ont peu d’appétit pour Bernard Drainville comme premier ministre et que son niveau de popularité personnelle demeure faible. À l’inverse, les enquêtes indiquent que Christine Fréchette performerait mieux dans un scénario d’élection générale, malgré sa faible notoriété. Autrement dit, les électeurs la connaissent moins, mais semblent plus ouverts à son égard qu’envers son adversaire.
Le troisième lien : une ligne de fracture déterminante
La course à la chefferie a été dominée par un enjeu à la fois familier et polarisant : le projet de troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis. Bernard Drainville, député de Lévis, a appuyé sans équivoque le projet, même si sa portée demeure floue et que ses coûts anticipés continuent de susciter des inquiétudes. Christine Fréchette a plutôt adopté une approche prudente, affirmant vouloir prendre le temps de consulter et de réfléchir avant de se prononcer clairement.
Les hésitations de Mme Fréchette ont amené le ministre des Transports, Jonatan Julien, à repousser la présentation d’un tracé révisé, invoquant l’absence de consensus entre les candidats à la chefferie — une décision qui a accentué les tensions. M. Drainville a accusé Mme Fréchette d’indécision, soutenant qu’après trois ans autour de la table du Conseil des ministres, elle devrait déjà avoir une position ferme. Peu après, François Legault est intervenu publiquement pour affirmer que tous les députés de la CAQ appuyaient le troisième lien, malgré ses déclarations antérieures selon lesquelles il resterait à l’écart de la course pour lui succéder.
Il y a quelque chose de presque surréaliste à voir la CAQ continuer de se déchirer autour d’un projet qui constitue depuis longtemps un boulet politique et un facteur de l’érosion de son appui populaire. Alors que les opposants peinent à justifier les coûts du troisième lien, ses partisans demeurent frustrés par la décision antérieure, puis renversée, du gouvernement de l’abandonner.
Le 12 avril, les membres de la CAQ choisiront un nouveau chef, mais la véritable question dépasse largement le résultat du vote interne. Les divisions du parti, amplifiées par le débat sur le troisième lien, révèlent un gouvernement qui peine à définir son identité dans l’après-Legault, à un moment où les électeurs recherchent clarté et stabilité. Que la victoire revienne à Christine Fréchette ou à Bernard Drainville, le défi sera de convaincre les Québécois que la CAQ propose encore une vision cohérente pour l’avenir du Québec.



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